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Sidi Bouzid, Tunisia GALLERY

TUNISIE, APRES #6 - UNE CHRONIQUE DE MEHDI BELHAJ KACEM

Départ pour Sidi Bouzid. Je comprends pourquoi enfant j’ai tellement aimé les westerns de Sergio Leone. Dans les classiques du cinéma américain, tout était propre, John Wayne rasé de près et gominé, le paysage sans un gramme de crasse. La Tunisie ressemble tout entière à un paysage léonien. Les gares désertes où on se fait harceler par une mouche pendant de longues minutes. Les bus suintants d’essence et bringuebalants. Le désertique. Les saloons, même sans alcool. Les cactus, figues de barbarie en plus. L’odeur de sueur, de merde, d’ordures en putréfaction accélérée par la chaleur. Moi qui me rase tous les jours, ici c’est tous les trois jours, comme Clint « Le manchot » Eastwood. A ceci près que, comme Johnny Guitar est le seul heros dans un western qui ne porte pas de revolver, j’ai troqué le Smith & Wesson contre un Ricoh digital. Johnny Médard, Mehdi Guitar.

En Tunisie il y a, proportionnellement, autant d’ordures qu’ailleurs, sauf qu’ici on les voit. Partout, pareil qu’à Tunis. Et, après la Révolution, deux fois plus qu’avant. Le Tunisien ne sait pas ce qu’est un trottoir : il marche toujours dans la route ou la rue, si ce n’est au milieu. En sorte qu’ici tout ce qui est « technique » se distingue à peine de ce qui est « naturel » : les voitures sont comme des sortes de bourricots, les vélos de moutons, etc. La moitié de la Tunisie est recouverte d’oliviers : ça me fait penser aux paysages d’Israël et de Palestine. Aux Tunisiens qui me demandaient: « à quoi ça ressemble Tel Aviv, Haïfa… ? » Je répondais : « c'est exactement comme Tunis, sauf que tout est écrit en hébreu ». Quand à Ramallah ou Naplouse, inutile même de comparer, on s’y croirait. Surtout en ce moment, avec les chars et soldats partout, encore plus frappants que les flics auxquels on s'était habitués (120 000 policiers, autant qu’en France, sauf pour dix millions d’habitants en Tunisie). Western…

Ca fait longtemps que j’y pense : le langage, ordurier, partout, pire que dans le gangstarap le plus hardcore ou film américain trash. Un seul film où on entendrait la façon dont les gens parlent dans la rue serait un coup bien plus dur pour l’islamisme que toutes les bonnes pétitions de principe : toutes les trois secondes, et je n’exagère pas, le tunisien moyen prononce « z.b », « n..ke », « je n..ke la religion du z…..r de ta mère », etc. Les femmes appellent ça pudiquement « les virgules ».

Les objets, qui en disent décidément plus long sur les gens d’ici que les gens directement.

Plus on s’enfonce au cœur de la Tunisie plus la bouffe est outrageusement pimentée. Je prolonge mes séjours, cette fois-ci dans Kairouan, au gré de l’envie et de l'inspiration.

Je prends décidément goût à dormir n’importe où.

Photo and text Mehdi Belhaj Kacem

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TUNISIE, APRES #2 - A DIARY BY MEHDI BELHAJ KACEM GALLERY

TUNISIE, APRES #2 - A DIARY BY MEHDI BELHAJ KACEM

Depuis mars, envie chaque jour de bondir hors de la France, de revenir ici. Tout est stressant, menaçant, dangereux, chaotique, anarchique ici, et pourtant impossible de s’en passer une fois qu’on y a goûté, souvent ce que disent les New-Yorkais de leur addiction à leur ville d’extraction.

Hôtel, quelques bières, déambulation dans les main streets tunisois. Lune pleine de chez pleine, disque dur, étants-garous, que ce soit un homme, un animal ou une caisse. La rue ci-dessus n’est pas située dans quelque banlieue tunisoise marginale, mais en plein centre, tout près du quartier à prostituées. Sensation d’installation généralisée. Ce qui décidément peut capturer l’âme du pays, ce sont les objets, leurs agencements. Même la rue photographiée ci-dessus l’est comme un objet. Vous aurez beau traverser la France de long en large, vous ne trouverez jamais un caddie comme ici, un frigo renversé pour la nuit, des chariots composés de tissu, de papier, de cloutages. Tout est d’une inventivité qui fait refluer les objets en-dessous de la tekhnè : ici même les voitures fonctionnent comme des animaux, des bourricots.

Je pourrais photographier les estropiés mendiants, les prolétaires du centre tunisien venus ici, les militaires et les flics à la dérobée, les femmes, montrer mes chats… les graffitis… mais ce sont encore les objets qui résument le mieux le pays où j’ai grandi. N’importe quelle caisse, N’importe quel ficelage, N’importequel monceau de détritus, me ramène à l’enfance, à la singularité de l’ici tunisien.

Tout de même : l’été d’habitude tout est étonnamment vivant dans les rues. Là désertes. Un peu inquiétant, comme dans ces jeux vidéo d’avant-garde où on déambule seul pendant des heures avant de croiser âme humaine qui vive, généralement armée. Ou quelque chose d’un Shining en plein air… Je ne me démonte pas, et finis par rentrer tard. Je dors mal. La pleine lune, probablement.

Photo and text Mehdi Belhaj Kacem

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Green tea ice cream at one of my favorite Japanese restaurants Kai, 18 Rue du Louvre, Paris. Photo Olivier Zahm

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Magal is performing for the Kai Kuhne’s party at Don Hills, New York. Photo Kai Kuhne

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The designer Kai Kuhne is always fabulous, Le Bain, The Standard Hotel, New York. Photo Olivier Zahm